Samedi 14 avril 2012


Il est des maux que seul le silence permet de surpasser …. cependant il est aussi des douleurs qui trouvent leurs appaisement dans le soutien et les échos déclenchés par les mots d’un frère …. d’un père! Il en est ainsi de l’homélie du Père Christian VENARD, aumonier du 17ème RGP, lors des obsèques d’Abel : ce soldat abattu lâchement par un meurtier sans scrupules et sans humanité!

« Abel, mon camarade parachutiste, mon frère, voilà une semaine, jour pour jour et presque heure pour heure, je tenais ta main, encore chaude de la vie que venait de te prendre un assassin. Je tenais ta main en priant pour toi, en pensant à ta maman et en te confiant à notre Maman du Ciel, la Vierge Marie.

Je ne connaissais pas encore Caroline, mais si tel avait été le cas, je t’aurais aussi parlé pour elle et pour ce petit bébé que vous attendez. Puis je me suis penché sur ton camarade Mohamed Legouad qu’essayaient de maintenir en vie les remarquables équipes d’urgentistes.

Enfin, j’ai assisté au départ vers l’hôpital de Loïc Liber, qui à cette heure même se bat, entouré de son papa et de sa maman, pour rester en vie. Que de souffrances. Que d’incompréhensions. Mais aussi que de solidarité, de soutien, d’hommages et, pour nous chrétiens, de foi (comme le rappelait hier l’évêque aux armées en la cathédrale de Montauban) et d’espérance, malgré tout !

Il y a deux mille sept cents ans, à Rome, au cœur même du forum, symbole et centre de la vie de la Cité, un gouffre s’ouvrit. L’oracle consulté livra cette réponse : pour combler ce gouffre, Rome devait y engloutir ce qu’elle avait de plus précieux. Chacun s’interrogeait encore sur ce qui pouvait être de plus précieux, quand un jeune cavalier, un jeune homme armée, Curtius, se jeta avec son cheval dans le gouffre qui se referma aussitôt. Oui, ce que Rome avait de plus précieux était un jeune militaire défenseur de la Cité.

Le criminel terroriste qui a mené ces actions dans lesquelles tu as perdu la vie, Abel, a tenté d’ouvrir un gouffre. Le prix à payer pour le combler est bien sûr infiniment trop lourd ; mais mon ami Abel, tu es devenu, comme Curtius, symbole de ce que notre pays, la France, possède de plus précieux. Et désormais, c’est ainsi que tu nous apparaît : jeune caporal parachutiste, mort pour la France, dans un attentat terroriste qui voulait mettre à bas notre Patrie.

Abel, je veux aller encore plus loin. C’est parce que tu portais l’uniforme français, parce que tu étais fier de ton béret rouge, que ce criminel t’a visé. Ce que ce meurtrier ne pouvait savoir c’est aussi tout ce que tu représentes aujourd’hui pour notre Patrie. Issue d’une famille à la fois alsacienne (avec tout ce que cette région fait ressortir en notre pays des souffrances liées aux deux conflits mondiaux) et kabyle (et comment ne pas évoquer ici les douloureux événements d’Algérie), ta famille choisit la France avec (et je reprends les mots mêmes de ton cher papa), avec toutes ses traditions, y compris ses racines les plus profondes, qui sont chrétiennes.

Comment ne pas voir, mon ami Abel, dans une telle accumulation de symboles, ce que nous avons de plus précieux cette capacité que possède notre Patrie française de prendre en son sein, tous ceux qui veulent devenir ses fils.

Au moment où nous allons te porter en terre, dans cette terre pétrie des ossements de nos pères (c’est cela la Patrie aussi), Abel, avec toute ta famille, tes amis, tes camarades parachutistes, je te fais le serment que nous soutiendrons Caroline et ton enfant. Que nous resterons présent auprès des tiens.

Désormais c’est à Dieu que nous te confions, au travers des rites catholiques qui accompagnent nos défunts. Nous savons que tu es vivant auprès du Père. Tu as rejoint Jésus, ce Dieu fait Homme, cet innocent mort à cause de la méchanceté et la violence qui habitent trop souvent le cœur des hommes. Ton sacrifice se trouve comme enveloppé dans celui du Christ Jésus.

En te retrouvant jeudi dernier, gisant sur le sol montalbanais, en prenant ta main et en voyant couler de tes blessures ce sang si rouge et si pur, je confiais au Seigneur de la Vie, cette vie qui s’écoulait de toi. Et si aucune larme ne sortait de mes yeux, comme tant de tes camarades, c’est mon cœur qui pleurait sur toute violence faite aux innocents sur cette pauvre terre. Et c’est à l’Innocent qui a versé son Sang pour nous réconcilier avec son Père, qui a versé son propre Sang en rançon pour toutes les violences, que je confiais ta belle âme.

Abel, français d’origine alsacienne et kabyle, catholique par choix, parachutiste au service de la France, que notre grand saint patron, que l’Archange saint Michel t’accueille et te fasse entrer au sein du Père, avec le Fils et le Saint-Esprit. Amen. »

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Jeudi 5 avril 2012


 

Paris : la tour St Jacques

Il faut bien reconnaître que les Confréries ne manquent pas dans notre beau pays de France, il en est cependant quelques unes qui ne ressemblent pas à toutes celles qui n’ont d’autre but que de réveiller vos papilles par la connaissance de produits bien de chez nous.

Il en est une en particulier, fondée au Moyen-âge par des pèlerins ayant réalisé chrétiennement le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, la Confratria Parisiensis Peregrinorum Beati Iacobi Apostoli sort peu à peu de l’oubli dans lequel elle était tombée depuis quelques siècles.

La Confrérie se réuni de temps en temps de manière à partager, autour de quelques agapes, les meilleurs moments de leurs aventures intérieures ….

Oui, car force est de constater que la nourriture terrestre, et les joies qu’elle nous donne, nous permet de mieux évoquer nos propres joies, espérances, douleurs et peines, tout en nous autorisant lucidement à nous porter vers d’autres nourritures.

Elle répond à la définition normale de ce qu’une confrérie doit être, formée autour de laïques en vue de les aider à poursuivre leur itinérance en remplissant leurs obligations d’entraide, de charité et de dévotion, trop heureux de partager avec d’autres ce que le chemin de la vie leur a donner la chance de vivre.

Tout comme leurs prédécesseurs, les membres d’aujourd’hui se veulent acteurs d’un monde en évolution à la quête de principes à même de l’aider à mieux se construire. Encourager et développer la dévotion à saint Jacques le Majeur en soutenant ceux qui partent à la recherche du Seigneur sur les chemins de Compostelle et réunir par la suite ces jacquets parvenus au tombeau de l’Apôtre restent les missions principales qu’ils se sont fixés.

Confrères en un seul exemple, en un même but et une mission librement choisie, les membres de la Confrérie Saint-Jacques aux Pèlerins de Paris vivent une véritable fraternité née de ce qu’ils ont vécus sur les chemins de Compostelle.

Un matin, l’appel de Santiago a commandé à chacun d’eux de partir en direction du couchant pour aller prier le « fils du tonnerre » tout en se portant au devant de l’inconnu.

Souvent seuls en chemin, ils ont ainsi connu les mêmes privations, les mêmes joies et les mêmes souffrances, amenant chacun à se découvrir tel qu’il était … découverte déroutante qui peu à peu, pas à pas, provoqua une mue intérieure engendrant de profondes mutations.

De marcheur à pèlerins en quelques pas, la quête, les questions, les joies ressenties ne s’arrêtèrent pas au moment où ils arrivèrent au Mont de la Joie, touchèrent le marbre du portique de la Gloire où plantèrent leur bourdon dans le sable du rivage du Finistère galicien ….

Le chemin prit alors une nouvelle signification … … invités à suivre le Christ … … marchant spirituellement sur les eaux tumultueuses et océaniques qui se présentent devant eux pour aller au-delà de cette terre, au-delà de leurs vies d’avant, au-delà de leur propre personne ….. se portant au devant de l’inconnu qui n’est autre que son prochain et frère en Notre Père.

Vous qui êtes nés de la même poussière couvrant nos pieds de pèlerins en toute humilité et Charité…. qui buvez la même eau de et battez d’un même cœur portant l’Espérance …. qui croyez en Notre unique Salut indiquant le chemin à messire saint Jacques en une seule Foi ….. ne marchez plus seuls et venez … …. la Confrérie se réuni de temps en temps de manière à poursuivre tous ensemble les chemins de Compostelle.

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Lundi 2 janvier 2012


Noël est bien passé et le nouvel an avec lui, dans son déluge de grelots de pères Noël, de lutins, de bonnes résolutions et je ne sais quoi encore de …… …….folklorique !

Oui, car c’est bien la seule chose qu’il nous reste une fois que nous avons vidé de sa substance cette fête de Noël ….. devenue la fête des enfants avant que de devenir celle de la consommation à outrance qui fait de nous comme de nos chères petites têtes blondes des consommateurs …. ….. le regard vide de l’innocence normalement propre à leur état d’enfant.

Triste constat d’une machinerie bien huilée de Oh Oh Oh …… pétillant, de rouge et de vert, lancé par une célèbre marque de soda pour mieux doper ses ventes en lui ôtant son caractère sacré……. quel succès ……. commercial !

Que dire alors de ce tout petit Enfant qui nous a été donné de célébrer voici quelques jours ?

Lui qui est arrivé sans que personne ne veuille Lui ouvrir sa porte ….. rejeté déjà dans le ventre de sa mère et né une nuit dans le dénuement le plus extrême …. Entouré de ses seuls parents dont il est aisé d’imaginer l’inquiétude, d’un bœuf et d’un âne dans une simple étable garnie de vieille paille ! Son message d’amour nous montre le chemin d’une vie bien plus simple que celle que l’on veut bien nous présenter en ces moments de fêtes: loin de la consommation, des loisirs et du seul confort matériel.

Est-ce que j’exagère tout de même un peu ? Au vu des informations, qui dès le 1er janvier, nous donnent le coup de départ des soldes d’hiver et de l’enneigement des pistes de ski pour lesquels il faut à nouveau acheter, avoir et posséder pour mieux paraître…… non, vraiment je ne le pense pas !

Nous envoyons de brefs SMS de bonne et heureuse année à tous nos contacts sans vraiment penser à chacun d’eux, pris dans une frénésie d’embrassades stériles ….. …. délaissant parfois ceux qui souffrent de solitude ou de maladie, oubliant ceux qui ne peuvent se joindre à la fête ! L’Enfant …. Lui est bien là pour eux …. Les regardant de ses yeux bleu profond pour leur dire qu’Il les aime tous et combien Il espère prendre leur pouce dans ses petites mains potelées et innocentes pour leur faire découvrir les chemins insoupçonnés et oubliés de notre monde malade !

Bonne et heureuse année, souhaitant que ses pas vous guident vers ce qu’il y a de meilleur en chacun d’entre nous …… nous poussant vers d’autres cieux que ceux des mirages de nos sociétés qui consument les hommes et les femmes dans un tourbillon dont le profit est le devenu le seul moteur. Bonne et heureuse année vous souhaitant par-dessus tout d’avoir la Santé qui vous permettra d’acquérir des biens immatériels que sont la Science du cœur de l’homme et le Succès de vos entreprise au service des autres, vous apportant au final la Sagesse qui vous fera voir le monde par les yeux du petit Enfant de la crèche aux pieds duquel même les Rois Mages avaient compris qu’il fallait venir déposer leurs espoirs les plus fous.
Santé, Science, Succès et Sagesse : les 4 S comtois des temps anciens que l’on avait coutume de fêter au moment des étrennes ….. non pas pour recevoir en tendant la main, mais pour apporter un peu de chaleur dans les cœurs de ceux qui pouvaient être seuls …. avec un rire de petit ange en tendant leur main pour attraper la leur …. Comme le fit certainement l’Enfant de Nazareth avec le pouce de sa Maman lorsque les bergers et les rois plièrent le genou devant Lui.

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Samedi 29 octobre 2011


Dans une agitation continue et un bruit omniprésent qui veut nous faire croire par moment qu’il s’agit de musique, dans l’accomplissement répété de choses qui n’ont d’autre lendemain que celui d’être remises sur la table …. Illusion d’une vie pleine de babioles qui nous privent de ce qui pourrait être essentiel.
Que cherchons-nous alors dans cette vie moderne ?
L’itinérance choisie par le pèlerin l’oblige à se recentrer pour se poser les questions qui lui permettent de mieux se connaître et ainsi de mieux s’ouvrir aux autres… … à la manière de la pousse d’un chêne qui n’est que la promesse de ce qu’il pourrait apporter de paix et de protection à ceux qui s’y abriteront une fois sa croissance achevée.
Cependant, nos sociétés ne veulent plus prendre le temps de cet épanouissement … … victimes de le course effrénée qu’elles mènent pour atteindre un certain niveau de rentabilité et de profit. Nous même qui les composons ne sommes nous pas trop pressés au point de ne plus savoir savourer les instants les plus ordinaires et les joies les plus élémentaires ?
Chaque année nous offre la possibilité de découvrir et de vivre des moments d’exception. Ils sont de natures bien différentes allant de la joie à la peine, du plaisir à la souffrance ; ils sont issus des évènements heureux de nos vies, de nos plus belles réussites comme de nos combats les plus durs et le plus souvent nous marquent pour la vie comme un mariage, une naissance, un décès ou encore un pèlerinage, une retraite …. ….
Il y a aussi ceux qui font la plus grande partie de nos vies, qui n’ont rien d’exceptionnel et qui représentent pourtant la quasi totalité de notre existence, ces journées et ces heures sans grande saveur qui ne sont que la reprise immuable d’un hier vécu sur le même tempo au rythme des minutes dont la monotonie s’apparente pour beaucoup au métro-boulot-dodo !
Se faisant et sans que nous ayons l’envie que cela change …. …. nous passons inexorablement à côté de ce qui fait la vie, nous passons à côté d’un ticket gagnant pourtant à la portée de tous pour peu que l’on ait la force de résister et ne pas se laisser porter par le courant.
Alors il faut partir, fuir ce monde qui nous mécanise en nous déshumanisant peu à peu ….. fuir non pas pour s’isoler sur une île déserte mais simplement pour retrouver un rythme d’homme …. un rythme qui fait de nous des êtres humains capables d’apprécier tout autant le silence et la solitude que la chaleur d’une rencontre et la musique d’une discussion profonde.
C’est à ces conditions que nos cœurs s’ouvriront à tout ce que l’humanité peut avoir de grand … … nos yeux verront ce qu’aucun objectif ne peut saisir, nos oreilles entendront ce qu’aucun MP3 ne peut jouer et nos cœur battront sous le contrôle d’un rythme que seuls amour et espoir peuvent produire.
Se mettre en route et partir pour quitter tout ce qui ne nous rend pas disponible, quitter le temps, quitter l’obligation et quitter l’ennui d’une vie quelquefois monotone perdant nos repères familiers nous nous ouvrons à d’autres horizons pour attendre une rencontre qui ne manquera pas de nous émerveiller ……

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Vendredi 22 juillet 2011


Nombreux sont ceux, toujours un peu dubitatif, qui me demandent pourquoi je me suis mis en marche sur près de 1000 km et pour d’autres que moi!
Est-il si difficile de comprendre qu’il est possible de faire un geste, d’entreprendre une action ou de consentir à un sacrifice sans ne rien attendre en retour ?
Est-il si difficile de sortir de notre petite vie, par moment trop centrée sur notre intérêt, celui de notre famille ou même de nos amis pour faire un jour quelque chose de gratuit ?
Il n’y a pas de petit ou de grand pèlerin …. Il n’y a que celui ou celle qui prend son courage à deux mains pour se mettre en chemin. Il n’y a pas d’intérêt à se mettre dans l’inconfort, le doute, voire même le danger en prenant le chemin … pas d’intérêt si ce n’est celui de partir à la rencontre des autres et sans aucun doute aussi à la rencontre de soi-même.
Je crois n’être rien sans ceux qui m’entourent à chaque instant de la vie : ce peut-être celui qui me tendra la main au moment ou je manque de trébucher, ou bien celle qui me donnera le remède au mal qui m’aura touché, ou encore le simple bonjour d’un parfait inconnu qui sans bien appréhender la portée de son mot m’aura souhaité tous les bonheurs possible en un jour naissant !

Capbreton

Des valeurs simples m’ont poussé à prendre le chemin : le sacrifice et le don en premier lieu, puis la rencontre et le partage avant d’atteindre une communion certaine.
Le sacrifice et le don : car pour pouvoir donner, ou même encore mieux offrir, il faut avoir préparé son cœur à ce qu’il consente à se départir de ce qui est sien pour le céder à un autre que lui …. …. Il faut avoir le cœur suffisamment touché par la détresse des autres pour mieux s’offrir sans réserve dans la joie indicible qui nous emplit dans l’action.
La rencontre et le partage : une fois que l’idée est acceptée et que l’on est enfin prêt à ce sacrifice …. Il faut se porter au devant des autres pour qu’ils puissent se nourrir du don que l’on porte en soi. Il ne faut pas croire que de telles rencontres n’arriveront pas, j’en ai trouvé plus d’une sur mon chemin et ne peux croire qu’elles n’étaient possibles qu’au moment ou je suis passé …. …. Non, elles sont bien là à côté de nous et attendent notre passage ! Le partage se fait toujours …. Par moment intense et d’autres fois éphémère …. il s’opère sans que l’on s’en rende vraiment compte et je vous garanti une opération sans douleur …. ni cicatrice !


La communion enfin …. Car en fait tel est le but de cette démarche : communier !
Communier à ce qui fait que nous ne sommes pas de simples corps de chairs et de sang mais qu’une âme nous fait vivre et vibrer.
Communier … … car c’est dans ce seul élan que nos actes sont les plus généreux et ainsi les plus beaux !
Ces actes de communion qui nous portent au devant de nos frères sont nos champs d’honneur de chaque jour car il faut du courage pour lutter à contre-courant du scepticisme ambiant et accepter de se donner aussi souvent que possible.
L’action entreprise sur « 2 millions de pas » rendait hommage à nos frères qui tombés dans la poussière d’Asie ou d’ailleurs nous montraient en offrant leur vie qu’il est toujours possible de suivre la voie du don de soi aux limites du possible …. …. montrant ainsi de nouveaux champs d’honneur qui poussent au questionnement de chacun au plus profond de son âme !

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Samedi 2 juillet 2011


Depuis la nuit des temps il y a toujours un avant, un pendant et un après pour toutes choses de notre vie … … il en est de même pour l’homme devenu jacquet par sa démarche!
Il y a l’avant : moment de la préparation emplit de doutes, de joies, de renoncements aussi … … un peu comme un mariage qui se prépare lentement des mois, voire des années durant avec ses envies et ce qu’il sera possible de faire avec ses propres forces … … pour ne blesser personne et surtout pour que le moment soit graver au cœur de tous, pour toujours comme une trêve de paix et d’amour dans un monde en furie. C’est une période de profonde excitation qui nous pousse à annoncer partout la nouvelle en souhaitant être épaulé, soutenu, confirmé dans cette démarche grandiose ; c’est celle de l’étude de l’itinéraire, de chaque étape à parcourir en s’appropriant ce que d’autres ont vécu et transcrit dans leurs guides, leurs récits …. …. interprétant aussi chaque signe qui nous pousse souvent à différer le moment unique du premier pas ! En effet, c’est le moment des doutes tout comme des certitudes, le moment des questions dont la planche de salut est celle de l’expérience des autres : si ils y sont arrivés par ce chemin pourquoi pas moi ?
Puis il y a le pendant : journées d’actions et de réflexion de plus en plus intense durant lesquelles on trouve ce que l’on a bien voulu mettre dans son sac, de partage aussi …. …. tout comme le mariage qui nécessite une certaine lenteur dans sa maturation pour ne pas succomber aux mirages du temps qui pourraient nous faire croire que rien ne doit coûter, que tout est accessible sans un renoncement …. …. pour ne pas souffrir soi-même … … même si il s’agit d’amour, pour ne plus croire que sur ce chemin aussi l’usure est persistante …. …. pour nous faire renoncer à faire le pas de plus, pour ne pas perdre pied alors qu’il faut lâcher. Oui, car c’est bien durant ce pendant que l’itinéraire se transforme peu à peu pour modeler nos pas et nous faire changer à ce rythme pédestre ; c’est le moment des réponses à certaines questions pour laquelle le but tout d’un coup se transforme pour ne plus être physique mais bel et bien mystique … … en nous abandonnant ….. …. se surpassant enfin pour nous élever.
Et puis il y a l’après : tout juste arrivé au lieu tant attendu, passant en un instant du marcheur à celui de sédentaire ayant rejoint le but qui animait ses jours pour en fixer un autre ; cette autre destination bien plus dure à atteindre … … celle qui le mènera vers un nouveau niveau de sa propre conscience pour définir ce qu’il doit enfin faire de ce qu’il a reçu. Une fois encore me permettez vous ce parallèle … ….un peu comme ces vieux ménages qui fêtent dignement des noces qui sont d’or, tout comme leurs silences … … oubliant les moments de douleur, de doute et leurs renoncements pour ne garder fixé en leurs cœurs ardents que le but céleste qu’ils s’étaient promis. C’est bien ce qui nous lie au travers des siècles avec les pèlerins d’antan qui arrivés au Monte del Gozo ne pouvaient s’empêcher de crier d’un même cœur, d’un élan salvateur Ultreïa … … Ultreïa …. ….

C’est le début de cette itinérance qui aujourd’hui me guide alors que je ne marche plus, c’est cette itinérance qui me fait avancer toujours sur les pas de St-Jacques et de nombreux jacquets … … il n’y a plus de doute et encore moins de souffrance, il n’y a que la joie de pouvoir partager une aventure humaine qui définit un but, tout neuf, sublimé chaque jour par de nouveaux partages tout en s’abandonnant dans le cœur du Christ …. … abandonné par nous jusqu’à donner sa vie … …. pour que nous nous abandonnions et mieux offrir la nôtre.

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Mercredi 22 juin 2011


Le temps du retour est arrivé et celui de l’euphorie qui a succède à l’arrivée est bien passé.

Il faut revenir dans le monde pour reprendre les activités laissées au moment de mon départ, j’y ai retrouvé toutes ces choses qui nous maintiennent fermement au sol : le travail ses joies et ses contraintes, le métro sa foule anonyme et pressée, Paris pareille à celle que j’avais quitté mais qui cependant n’a plus tout à fait le même visage.

Il faut quitter ces matins joyeux au doux réveil bercé des piaillements de passereaux pour retrouver ceux des avertisseurs des autos ou motos trop pressées, l’appel lointain et doux du coucou pour le lancinant hurlement des sirènes. Bien moins belle que celle de Lusignan.

Il faut quitter cette lenteur pèlerine qui m’avait offert l’occasion de redevenir un homme pour me fondre à nouveau dans ce tourbillon moderne qui nous fait croire que nous gagnons du temps en allant toujours un peu plus vite : surtout courir pour ne pas rater la rame de métro et tant pis si il faut bousculer pour ne pas perdre une minute, tant pis si il faut presser la masse pour gagner une place.

Le chemin me semble bien loin et si proche à la fois !

Ne tient-il pas qu’à moi de ne pas courir comme cette foule dont chaque composant n’ose plus regarder plus haut que le bout de ses pieds. Un regard pourrait être croisé, un regard d’amitié ou celui d’une supplique : pas le temps, plus vite il faut aller.

Ne tient-il plus qu’à moi de ne rien laisser perdre de ces journées de marche et des heures passées à la méditation pour trouver enfin ce qui sera après. Après ce long périple, après ce beau pélé, après toutes ces rencontres qui ne peuvent passer. Que je ne veux laisser, sacrifiés sur l’autel du temps après lequel on court.

Et maintenant que vais-je faire ?

Garder cette lenteur qui me donne toujours une longueur d’avance car il faut être tortue pour laisser aux autres le rôle dédié au lièvre …. Monsieur de La Fontaine merci de cette fable, si moderne et d’actualité.

Garder aussi les yeux levés pour qu’ils puissent souvent croiser le regard des autres, de la joie et des peines qui peuvent être partagées parfois sans plus de fioriture. Merci mon St. Martin pour ce conseil précieux car il vaut bien plus que l’or.

Garder cette habitude de ne plus penser qu’à moi et de garder au cœur cette envie d’aider l’autre, de le mettre en premier juste après le Seigneur car telle doit être sa place ….. et cette leçon là je la dois bien à Jeanne …. si petite bergère au courage si grand.

Poursuivre ce chemin pour encore témoigner que l’on peut y trouver ce qui rend l’homme grand tout en lui confère le statut de pèlerin, celui de l’invisible qui ne fait que passer, celui qui n’est personne et tant d’homme à la fois.

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Samedi 11 juin 2011


Il pleuvait à mon départ ce matin … certainement une des multiples manières qu’a le Ciel de montrer que cette dernière journée de pèlerinage m’offre la possibilité d’avoir tout ce que je Lui ai demandé. Une certaine mélancolie règne en mon coeur …. larmes teintées de joies et de peines : joies d’être arrivée à bon port et peines que cette aventure trouve ce jour un point final.
Le temps est gris et pour autant il me semble être aussi bleu que les jours précédents … une tempête de ciel bleu comme il est rare d’en voir de telle ! Je sais, je sais mes pieds encore mouillés me rappellent à l’ordre en me faisant bien sentir que le soleil se cache ; mais pourtant au plus profond de moi … le soleil brille de tout son éclat et je me sens comme irradié de l’intérieur.
Je connais bien ce chemin, ces quelques kilomètres qui me séparent de la ville ou je suis venu tant de fois, ou j’ai fait une partie de mes études … au lycée St-Bernard. Connaissance des lieux et aussi du climat, je sais que l’astre brûlant ne tardera pas trop et qu’il me fera fête au moment d’arriver. Encore quelques foulées pour enfin toucher au but, celles-ci ne sont plus feintes et je ne freine plus car je sais qu’à quelques encablures, à peine un jet de pierre, m’attendent des amis …. peut-être ma famille !
Vous dire quelle est ma joie serait bien difficile tant elle est indicible …. alors comment même vous l’écrire ?
Vous vous en rendez compte car voici une semaine que je suis arrivé et il est toujours là, sur le bord du clavier, ce sentiment si fort qui m’étreint la poitrine et ne peut vraiment se voir qu’en le me voyant en face …. le buvant simplement en plongeant votre regard dans mes yeux !
Joie, bonheur, plénitude, apaisement …. Bayonne est bien là devant moi ! Les flèches de sa cathédrale me montrent clairement le lieu ou il me faudra poser le 2000000ème pas … pour l’ultime foulée …. pour ma dernière enjambée !
Sur les bords de l’Adour mes camardes m’attendent pour une conférence, pour un dernier baroud. Quelle joie de trouver devant le lieu prévu une petite troupe …. mon cœur bat trop fort lorsque je vois courant vers moi mes filles et ma femme en retrait qui me regarde de loin. Mes amis de St-Jacques aussi sont de la fête, ils sont venus comme autrefois leurs pairs pour accueillir celui qui ne fait plus que passer … mais qui arrive au but et demeure en ce lieu. Mes camardes enfin me réservent un accueil parmi les plus beaux de tout ce grand chemin et c’est de tout mon cœur que je vous dis merci, merci à vous de m’avoir épaulé, merci à vous de m’avoir soutenu et de m’avoir permis d’arriver jusque là !
Sur ma poitrine une croix rouge peinte me fait soudain penser à celle du miracle …. car il est un miracle en cette belle ville ! Celui d’une croix blanche apparue dans les cieux au moment ou une autre d’une couleur trop rouge était partout portée sur les habits de guerre … … elle s’imposa à tous comme un signe du Ciel, rendant la ville au Roi et chassant l’occupant. Sur ma poitrine une croix rouge est peinte, c’est celle d’un miracle vécu par moi … pour vous, qui me donne l’occasion de vous tendre la main pour vous donner et non pas pour prendre, pour vous inviter à me suivre encore …. plus loin que mes pas qui s’arrêtent ici !
Allez-y poussez, poussez les enfants bayonnais !
Bayonne, Bayonne, sur la Nive et sur l’Adour ….

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Dimanche 5 juin 2011


Une pluie soutenue m’attendait au dernier jour de marche . J’avais tant souhaité ce moment et cette eau tout au long de ce mois ! Oh pas pour moi, cela se comprend aisément, tant il est peu confortable de marcher sous la pluie.

L ‘eau mouille doucement les pieds avant que de descendre subrepticement, froidement le long du dos en profitant d’une poche bien positionnée sur l’encolure de la cape de pluie . Le vent faisant ressembler le pèlerin à une sorte de fantôme ondulant vert, bleu, jaune ou rose, en fonction de la marque, de la couleur de ce costume de circonstance.

Bref, au final on est aussi trempé dehors que dedans et l’on se jure de ne pas s’y laisser prendre avant longtemps.

Je suis heureux qu’elle tombe, peu m’importe elle est la bienvenue et sera bénéfique ; tant de personnes croisées en chemin regardaient vers le ciel avec angoisse, les mains jointes, les doigts croisés, presque en prière !

Messire St-Jacques, sous cette pluie, je n’arrive pas à Compostelle et pourtant mon périple fût long. J’arrive à quelques pas de mon étape finale pour laisser là un peu de mon fardeau et le jeter à la benne. Labenne, assise entre pins et bord de mer ou ma mère vit seule depuis le départ d’un père endormi pour toujours sous le sable une croix et une pierre frappées de la coquille qui porte votre nom.

Je ne sais plus trop si c’est pluie ou larmes qui coulent sur mes joues au moment d’adresser vers le Ciel une ultime supplique criée depuis trente jours tout au fond de mon coeur: « Mon Dieu aide- la à porter le poids de son absence, comme le pèlerin porte son sac à dos – douloureux si souvent! L’amour est toujours là et il nous fait souffrir, comment pouvoir aimer sans serrer dans ses bras ? »

La pluie tombe toujours, ma gorge est trop serrée. Je veux dire un nouvel Ave et pourtant rien ne sort, ma mère poursuit ma prière pour moi. Je vous salue Marie pleine de grâce…

Il était un soldat et pour moi plus encore, mes pensées à nouveau se tournent vers lui et vers ceux pour qui je me suis mis en marche  ; eux aussi souffrent et aussi des parents blessés. Même dans la douleur nous ne sommes pas seuls, unis dans cette même chair qui nous fait tant souffrir.

Une pluie fine remplace l’ondée passée, sans doute la marée. Un peu comme la main d’une mère maintes passée avec douceur sur la joue d’un enfant pour tenter d’effacer les cicatrices laissées par des moments terribles la mer caresse le sable ainsi tout doucement, rendant la plage lisse et prête pour de nouvelles pages.

Une pluie fine lave tout doucement la poussière de mon sac et celle de mes chaussures. Poussière accumulée à chacun de mes pas, presque 2 millions !

Une pluie fine lave certainement une cicatrice trop fraîche et appaise son feu comme jamais ce fut fait.  Une pluie fine au bon moment en me laissant penser que de là-haut mon père me voit et avec lui son père et aussi bien d’autres encore, priant Dieu d’accorder une pause à cette terre trop chaude, trop assoiffée tout comme au pèlerin brûlé par le soleil, me permettant de recevoir la bienfaîtrice ondée et enfin retrouver la fraîcheur tant attendue du corps comme de l’âme !

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Mercredi 1 juin 2011


Les pistes rectilignes au parfum de désodorisant des meilleures qualités laissent doucement place aux chemins forestiers serpentant fièrement entre des chênes centenaires et leurs cousins tout de liège drapés. Le décor de mon pèlerinage change peu à peu, et comme pour suivre le mouvement. Le ciel prend un ton plus profond comme si il veut annoncer qu’il se fondra bientôt dans l’océan prochain et que là-bas, au loin, à l’horizon, il lui faudra bien ne plus être qu’azur!

Mon pas est plus lourd et plus léger à la fois, il connaît l’allure que je vais exiger et pour autant il me semble ne plus vouloir avancer ! Est-ce le poids des kilomètres d’un mois qui s’est accumulé ? Est-ce le bât des peines, des souffrances dont je me suis chargé, un peu comme un glaneur sur le bord du chemin, pour ne pas laisser là le poids sur des épaules déjà tant lestées ? Ou encore la chaleur, l’usure ?

Non, c’est seulement la peur ! Oui la peur ! Celle qui me prend au ventre au moment ou il faudra que l’aventure s’arrête, car il faudra bien que je fasse le dernier pas, celui qui achèvera le décompte , celui d’après le 1999999ème ,  celui qui me rendra à une vie quotidienne volontairement abandonnée voici maintenant un bon mois.

Ce sentiment pourrait vous paraître curieux et pourtant il est seulement humain. Mon coeur de pèlerin s’est emplit de joies profondes. Mon âme exulte de ces dizaines de rencontres offrant sur un plateau Celle que j’attendais. Il faut dans peu de temps quitter ma plénitude pour revenir dans un monde qui me semble étranger !

Un nouveau sable fin s’infiltre dans mes chaussures et me blesse les pieds. N’ont-ils assez souffert ? Il me faut déchausser pour extraire l’impudent intrus qui pour si petit qu’il est me fait autant de mal !

Pèlerin, si ce sable te fait autant misères, ce peut-il qu’il en soit aussi ainsi de ta vie quotidienne ? Ne dit-on pas qu’un seul de ses grains arrête d’ingénieux rouages ?
N’aie plus peur,  avancs sur ton chemin. Tes peurs sont primaires ! Ce mois de marche, de prières et de méditation t’offre le choix d’enlever les godasses d’une vie de mélasse pour en extraire un sable trop noir et trop gluant !

Avance pèlerin. Ton aventure ne s’arrête pas au bout de ce chemin, il te faudra poursuivre, témoigner de nouveau. Va, va pèlerin, car tel est le fruit de ton pélerinage sur les pas de St-Jacques.

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